• Le témoin surprise de Jérôme Kerviel accuse

    Pourquoi est-il venu témoigner contre la Société Générale ? Philippe Houbé, chargé de compte à la société de courtage Newedge et témoin clé au procès en appel de Jérôme Kerviel, a expliqué jeudi sa présence au tribunal par "un cas de conscience", face à "l'injustice" subie par l'ex-trader.

    Son témoignage était, sans conteste, le plus attendu au procès en appel de Jérôme Kerviel. Et pour le voir et l'entendre, le public était nombreux, jeudi matin : la salle d'audience de la Première chambre de la cour d'appel avait retrouvé une affluence des grands jours, tant du côté du public que de la presse. Philippe Houbé, 55 ans, chargé de compte à la société de courtage Newedge (ex-Fimat), filiale de la Société Générale, n'est autre que le témoin promis par la défense de Jérôme Kerviel, et censé étayer sa "théorie du complot". A la barre, à partir de 11 heures du matin, il s'est efforcé d'appuyer les arguments de l'ex-trader de la Société Générale, à qui la banque reproche une perte de 4,9 milliards d'euros. Arguments qui sont en gros les mêmes qu'en première instance - la banque savait, et a laissé faire, affirme-t-il - mais auxquels Jérôme Kerviel, assisté pour ce nouveau round judiciaire du très médiatique avocat David Koubbi, a ajouté d'autres accusations : la banque l'aurait utilisé comme fusible... et aurait falsifié des documents pour cela.

    Pourquoi Philippe Houbé a-t-il choisi de témoigner ainsi au grand jour contre la Société Générale ? "C'est un cas de conscience... J'ai connu l'injustice, je sais ce que c'est, je la supporte assez difficilement", a déclaré dès le début de l'audience le témoin clé de Jérôme Kerviel, costume gris sombre, muni d'un bloc dans lequel il a consigné les calculs et déductions qu'il a pu faire à l'étude du dossier. Pour lui, la manière dont la Société Générale a présenté l'affaire Kerviel "insulte la profession, le bon sens et la justice. C'est ce qui m'a déterminé" à contacter l'avocat de l'ancien trader, et à venir témoigner, a-t-il dit.

    "Les représentants de la direction n'ont pas assumé"

    Dans cette affaire, "les représentants de la direction n'ont pas assumé leurs responsabilités". Ils ont, selon lui, "sali" l'entreprise et son personnel "pour garder leurs postes et les avantages qui vont avec". Pour lui, il est "impossible" que sa hiérarchie n'ait rien vu des prises de positions massives de Jérôme Kerviel, comme l'affirme la banque. "Des choses énormes soi-disant dissimulées par des petites bidouilles ?", c'est impossible, a-t-il insisté.

    D'abord interrogé par Me Koubbi, le témoin clé de Jérôme Kerviel a ensuite eu des échanges animés avec les avocats et la représentante de la Société Générale, Claire Dumas, à propos du "débouclage" des positions spéculatives de Jérôme Kerviel, en janvier 2008. Selon lui, la banque a alourdi la perte imputée à Jérôme Kerviel, pour alléger ses propres pertes dues aux subprimes. Ce que la banque dément, et qu'a nié un chef trader entendu par la cour avant Philippe Houbé.

    Ce trader, Maxime Kahn, 41 ans, a expliqué comment il avait "débouclé" (c'est-à-dire soldé) les positions prises par Jérôme Kerviel pour un montant "surréaliste", selon lui, de 50 milliards d'euros. L'opération, a-t-il dit, devait rester "confidentielle". "Si le marché avait su que la Société Générale était en train de déboucler une position 'surnaturelle'", la banque n'aurait "plus (été) solvable", elle aurait été confrontée à une "crise de liquidités" fatale, selon lui. Maxime Kahn, responsable d'une équipe de traders à la Société Générale, a affirmé avoir débouclé ni plus, ni moins, que les 50 milliards de positions de Jérôme Kerviel. Il a en outre qualifié de "complètement délirante" la théorie du complot.


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