Le procès des parents de Marina Sabatier, morte à l'âge de 8 ans en 2009, se poursuit devant la cour d'assises de la Sarthe. Mercredi, l'accusation a fait le récit des violences subies par cette fillette dès son plus jeune âge.
La cour d'assises de la Sarthe, qui juge les parents de la petite Marina, décédée après avoir été maltraitée à l'âge de 8 ans, a commencé à reconstituer la longue liste des coups infligés dès ses 2 ans à la petite fille. Ses parents la cachaient parfois pour éviter d'être repérés. "Généralement quand on maltraitait notre fille (...), on ne voulait pas que ça se sache", a expliqué sans ciller devant la cour Virginie Darras, la mère. A Nanterre, où la famille résidait au départ, sa mère lui donnait des soins rudimentaires pour éviter qu'un médecin ne remarque les bleus laissés par les gifles qu'elle lui avait données. La petite fille ne sera pas non plus scolarisée, pour éviter que son état n'alerte les enseignants.
Devant la cour, Virginie Darras a aussi raconté "des mises au coin, des douches froides", puis a expliqué que la petite alors ne mangeait pas et était incontinente. Faux, selon la grand-mère maternelle de Marina et une des soeurs de la mère, qui ont accueilli la petite en vacances en 2004 et 2005. Elle mangeait bien, même "vite comme si on allait lui voler sa nourriture", selon Delphine, la soeur. Pour toutes les deux la petite Marina était propre. A sa grand-mère elle avait confié qu'elle ne voulait pas revenir chez ses parents, "Maman, elle est méchante, vilaine", et à sa tante avant de repartir "ils me tapent".
Une de ses tantes accusées de mensonges
La première alerte de maltraitance date de Nanterre quand Julie, une autre soeur de Virginie, a découvert Marina blessée au genou (des gifles dit la mère, avant d'avouer des coups de poing). Elle a prévenu la grand-mère qui a appelé le service des enfants maltraités. Mais elle s'est fait rabrouer : on lui a répondu qu'elle mentait pour tenter de récupérer sa petite-fille, témoigne-t-elle. Les parents ont évoqué aussi les privations de nourriture. "La toute première fois c'était à Nanterre", se souvient Eric Sabatier, "je n'ai pas réagi, j'ai laissé faire (...). Dès que je m'interposais entre ma femme et Marina, elle devenait hystérique, alors des fois j'étais lâche", avoue-t-il du haut de ses deux mètres. "Moi, j'avais peur de perdre ma femme, mes enfants (...). Je n'avais pas le pouvoir de dire non", dit-il.
En 2006, la famille a déménagé à Bazougers en Mayenne. Le propriétaire se souviendra avoir croisé Marina "bandée des pieds à la tête, on aurait dit Sarajevo, on ne voyait que les yeux". "Il y avait des bruits de couloir sur une enquête sociale en Mayenne" sur le couple. Puis la famille est partie dans une autre maison du même propriétaire, en Sarthe à Parennes, a indiqué le propriétaire. A cette époque, la petite fille avait six ans et "une fois j'ai vu Marina avec un oeil au beurre noir", a témoigné une voisine, "Marina, c'était Cosette". Selon son père, la petite recevra des "coups de poing, de pieds, des coups de ceinture", à Parennes. De son côté, la mère a évoqué que sa fille volait de la nourriture, de l'argent.
Bleus, absences, les parents avaient toujours des explications
L'équipe éducative, présente lors de la première scolarisation de Marina, a également témoigné des premiers signes alarmants et de la difficulté de faire reconnaître les maltraitances de la petite fille. Lors de sa première scolarisation à Parennes dans la Sarthe à l'âge de six ans, "à la récréation elle essayait de rentrer dans la classe, elle disait que c'était pour faire pipi mais en fait c'était pour essayer de manger le goûter des autres enfants", a témoigné une assistante scolaire. "La mère disait que sa fille était boulimique, qu'elle mangeait tout le temps, que c'était une maladie", a expliqué l'assistante scolaire. Quant aux bleus et aux absences répétées de la fillette, "les parents avaient toujours des explications", des chutes, des accidents ménagers, a-t-elle assuré mercredi.
Une enseignante qui va accueillir la fillette à mi-temps dans sa classe à la rentrée 2007 se souvient d'une "petite fille qui interpellait beaucoup par son physique : elle avait une démarche particulière, elle était très petite pour son âge, très peu de cheveux mais aussi "le ventre très souvent gonflé". "On s'est inquiété, on a fait un signalement à l'Education nationale". Lors d'un rendez-vous, les parents sont arrivés avec une Marina le visage boursouflé, couvert d'une épaisse couche crème. "Les parents nous ont dit qu'elle faisait une conjonctivite avec réaction allergique, ils n'ont pas voulu que je l'approche. Ils nous ont parlé d'une maladie immunodéfensive, qu'elle était suivie par un spécialiste à Paris" explique l'enseignante.
Eric Sabatier et Virginie Darras, âgés de 40 et 33 ans et en procédure de divorce, sont accusés d'actes de tortures et de barbarie sur mineure de moins de 15 ans ayant entraîné la mort. Ils encourent la réclusion à perpétuité.